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« L’objectif d’une stratégie locale de gestion de la bande côtière est de faire un diagnostic complet de la situation et de comparer les différents scénarii »

Les règles d’occupation des sols
Publié le 15 décembre 2021 - Mis à jour le 15 décembre 2021
Interview
Corniche basque
© Adobe Stock

La promulgation de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, dite « Climat et résilience » donne à partir de 2022 de nouveaux objectifs aux collectivités territoriales, notamment par rapport à la gestion de l’érosion côtière en lien avec l’aménagement du littoral.

Chargé de mission Gestion des risques au GIP Littoral en Nouvelle-Aquitaine, Camille André détaille le rôle du groupement d’intérêt public et l’importance d’une politique harmonisée de l’aménagement des territoires littoraux.

Quel est le rôle du groupement d’intérêt public (GIP) littoral ? Et les moyens mobilisés pour mesurer l'érosion naturelle ?

Le GIP est une structure composée de membres 100% acteurs publics. Elle comprend les services de l’État au niveau de la région Nouvelle-Aquitaine, le conseil régional, quatre conseils départementaux au niveau littoral, ainsi que les intercommunalités, telles que les communautés de communes et agglomérations, soit un total de 16 sur le littoral. Notre domaine d’intervention va de l’île de Ré jusqu’à la frontière espagnole du Pays basque. Nous couvrons 4 départements littoraux : La Charente-Maritime, la Gironde, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.

Le GIP a pour vocation de faire travailler ensemble tous ces niveaux d’acteurs publics pour essayer de construire les politiques publiques les plus cohérentes. Le but est aussi de pouvoir prendre en compte les sujets comme le changement climatique et les grandes évolutions démographiques, ainsi qu’économiques et touristiques du territoire. Le GIP réalise des études mutualisées pour les territoires et fournit des diagnostiques régionaux afin d’accompagner les projets locaux portés par les collectivités. Lorsqu’elles mettent en place des aménagements de gestion des risques, nous apportons une aide technique et méthodologique pour faire les meilleurs choix possibles. Pour les commandes d’études, nous participons par exemple à la rédaction du cahier des charges.

Sur la thématique des risques littoraux, nous avons déployé une stratégie régionale en 2012 pour un cadre de gestion partagé. Elle concerne surtout l’érosion et le recul du trait du côte, car aujourd’hui il existe davantage de documentation sur les risques de submersion marine en France. Nous avons donc œuvré pour définir les grandes orientations au niveau de la région, les collectivités locales étant pour leur part maîtresses d’ouvrage de la gestion de leur bande côtière. En partageant une vision harmonisée avec les différents acteurs du territoire, cela permet de mieux gérer les questions de sécurité immédiate par rapport aux biens et infrastructures menacées.

Notre action participe aussi à une réflexion à plus long terme, qui vise à anticiper certaines actions en lien avec l’évolution du territoire. L’objectif d’une stratégie locale de gestion de la bande côtière, est de faire un diagnostic complet de la situation, des échéances auxquelles les bâtiments et infrastructures vont être atteintes par le risque. Et ensuite, comparer plusieurs scénarii de gestion possibles. Il y a de la défense comme l’implantation d’ouvrage, le ré-ensablement pour les zones sableuses. Ou le repli stratégique dans certains cas.

La route de la corniche du Pays basque est touchée par l'érosion. Comment s'organise sa mise en sécurité ?

Lorsque la stratégie locale est déterminée, la collectivité en charge du secteur a sa feuille de route. Dans le cas de la route de la corniche, c’est l’agglomération du Pays basque qui fait le choix en 2017 d’un repli, du déplacement de la route. Dans un secteur naturel cette route qui longe la falaise ne concentre pas d’autres enjeux comme des habitations. De plus, certains terrains sont protégés par le Conservatoire du littoral. C’est donc un scénario de repli qui a été retenu. Plusieurs alternatives techniques sont encore travaillées aujourd’hui, à savoir un déplacement complet de la route, ou seulement de certains segments. En même temps, une problématique d’urgence a été générée l’hiver dernier par d’importants éboulements. Il a été constaté que le risque progressait plus vite que prévu. La route a été interdite aux poids lourds. Puis, le sentier du littoral a été fermé à certains endroits. À court terme, cela va être de plus en plus difficile d’assurer la sécurité sur cette zone. Il va donc falloir accélérer les projets de déplacement, qui par ailleurs prennent beaucoup de temps en raison de leur coût et de leur complexité sur le plan règlementaire, mais aussi de la nécessité d’une étude complémentaire sur la faisabilité de l’emplacement où on va pouvoir construire la nouvelle route. Il y a toutefois quelques exemples en France où cela a déjà été fait (en Méditerranée notamment), mais ils sont encore peu nombreux. La seule action immédiate résulte des maires et préfets qui peuvent fermer la route et le sentier côtier. Mais cela ne résout pas le problème, puisque la falaise recule et la voie peut encore s’écrouler. Actuellement, on observe une dichotomie entre le temps de construction d’un tel projet et les situations d’urgence devant lesquelles on peut se retrouver.  D’autres routes littorales sont concernées dans notre région, comme en Gironde, au sud de La Teste-de-Buch et à Vensac dans le Médoc, dans un contexte de recul de côte sableuse. Nous avons aussi d’autres exemples, où l’érosion touche des activités économiques. C’est le cas à Biscarrosse dans Les Landes où un hôtel et deux immeubles sont très près de l’océan. Quand les enjeux humains et économiques sont très importants, en général on fait le choix de défendre et protéger les bâtiments et infrastructures, au moins de façon temporaire. En revanche, si les enjeux sont moindres, il faut chercher à éviter les ouvrages de protection qui ont des impacts négatifs sur l’environnement, en particulier sur le déplacement des sédiments, et qui ne sont pas justifiés si leur coût est supérieur à celui des biens à protéger. Dans ces cas on cherche à organiser un repli stratégique. 

Comment intégrer ces réflexions pour les années à venir, puisque le risque d’érosion n’est pas écarté ?

Actuellement les études sont longues et dans le cas des stratégies de repli face à l’érosion, il arrive qu’au bout de deux ans, nous n’ayons toujours pas trouvé de solution financière. Tout déplacement d’infrastructure a un coût important. Dans la région, plusieurs simulations ont été faites pour montrer que les endroits où on pouvait envisager ce type d’action étaient des lieux avec des enjeux limités, par exemple une activité isolée, telle qu’un camping, ou avec des enjeux privés faibles.

La loi Climat et résilience comporte des mesures sur les problématiques climatiques avec notamment un chapitre sur l’érosion côtière. Le ministère y a mis en place des outils pour anticiper cette érosion et ne pas se retrouver au pied du mur. Ce que recommande notamment la loi, c’est de mieux informer les propriétaires. Une information réglementaire sera donnée à tous les acheteurs, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. De plus, lors de l’élaboration du PLU, il est prévu d’y intégrer un zonage avec l’anticipation des risques à 30 ans et à 100 ans avec des règles de constructibilité pour les nouvelles constructions. Cela va entraîner des nouvelles responsabilités pour les collectivités locales.

Malgré tout, il y a un volet que la loi ne traite pas à notre sens. Elle donne des outils pour ne pas construire dans les zones à risque, mais pour toutes les infrastructures existantes, publiques ou privées, il n’y a pas encore suffisamment d’outils disponibles. La difficulté est la nécessité de se projeter dans un temps assez lointain, en tenant compte des impacts futurs du changement climatique. Et en parallèle, d’avoir les outils pour gérer les risques sur un territoire, pour ne pas laisser les habitants en situation de danger immédiat.

Le dispositif n’est pas encore totalement abouti. Une ordonnance est notamment attendue. Il reste aussi des attentes des élus locaux sur la gestion de l’urgence. Le vote de cette loi est déjà très positif et nous espérons qu’elle sera complétée à l’avenir. Mais le sujet qui va rester problématique est celle des finances. L’absence de traitement de cette question nous mène à une forme d’attentisme. Alors que pendant ce temps-là, le trait de côte continue de reculer. Il va falloir qu’on fasse encore mieux dans les prochaines années concernant la gestion de l’érosion côtière, qui sera aggravée par le changement climatique, et le réaménagement des territoires littoraux, en lien avec les problématiques démographiques, économiques, et environnementales.

Pour en savoir plus : https://www.giplittoral.fr

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